Retour sur le FCG (a)live, l’évènement caritatif organisé sur Twitch par le FC Grenoble Rugby

Du 1er au 4 avril, le FC Grenoble a organisé le FCG (A)Live, un évènement caritatif en soutien aux actions du Fonds de Dotation du FCG. 

Alors qu’une soirée de gala était jusqu’ici organisée, cette saison, le FCG a réinventé l’évènement en le digitalisant et en le diffusant en direct sur Twitch. Nous en parlons avec Thomas Bianchin, directeur de la communication du club.

OSD : Quelle est la genèse de ce projet ?

Thomas Bianchin : Habituellement, la soirée de gala rassemble nos partenaires, le staff et tous ceux qui gravitent autour du FCG. Période Covid oblige, l’événementiel et donc notre soirée de gala ont été annulés. Notre premier réflexe a donc été de trouver une solution pour compenser le manque à gagner financier.

Et puis, très vite, l’aspect financier est devenu secondaire.
L’importance était avant tout de garder du lien, entre le fonds de dotation, et je dirai même plus largement, entre le club et ses différentes communautés.

Parce qu’effectivement, ce lien, nous savons qu’il s’est distendu. En cause, l’impossibilité d’accueillir des spectateurs au stade, de pratiquer notre sport depuis des mois,… Alors, oui, nous continuons de publier sur les réseaux sociaux, mais nous voyons que ce n’est plus suffisant.

Et puis, au FCG, nous avons changé de présidence fin 2019, quelques mois avant l’arrivée de la Covid. Malgré la crise, la volonté de nos présidents de restructurer, repenser et innover autour du club est restée intacte.

Naturellement, nos présidents sont ouverts aux différentes initiatives et idées novatrices, et, lorsque nous leur avons présenté le projet FCG (A)Live, ils nous ont dit « banco ».

Nous avions une petite connaissance de Twitch grâce à notre équipe eSport, et nous trouvions que ce serait une bonne idée, pour combler l’annulation de la soirée de gala, de faire une sorte de Téléthon du FCG, en direct, pendant plusieurs jours.

Nous avons regardé ce qui se faisait sur Twitch, et nous connaissions le Z Event, (plus gros évènement caritatif en ligne, ndlr). Nous avons fait le choix de nous en inspirer, pour créer ce week-end caritatif, à notre échelle.

Un mot sur le Z Event

Organisé depuis 2016, le Z Event est un marathon caritatif créé par Adrien Nougaret (streamer connu sous le nom de Zerator).

 Chaque année, le Z Event rassemble plusieurs dizaines de streamers pour lever des fonds pour une association. 

En 2020, le Z Event a levé 5,7 millions d’euros pour Amnesty International, devenant l’évènement caritatif le plus lucratif sur Twitch.

Assez rapidement, nous avons eu l’accord de nos présidents pour lancer le FCG (A)Live.

Utiliser Twitch est un choix fort alors que de nombreuses alternatives existaient (webinaires, Facebook Live,…). Pourquoi ce choix ?

TB : Le postulat de départ, c’était de trouver une plateforme diffusant en live, de façon qualitative. Nous voulions aussi intégrer facilement des modules (de dons par exemple) et permettre les échanges et les interactions avec les spectateurs.

Rapidement, notre choix s’est porté sur Twitch, d’abord pour la simplicité de visionnage du contenu. 

En effet, pour accéder au contenu en direct, le spectateur n’avait qu’à cliquer sur un seul bouton. Aucun login, aucune pub : le live se lançait directement.

C’est ce qui nous a séduit. 

Par rapport à Facebook Live ou Youtube, on a choisi Twitch pour l’intégration d’un module de dons, puisque le but du FCG (A)Live était de soutenir financièrement les actions du fonds de dotation. Cette intégration naturelle n’était pas possible sur d’autres plateformes.

Côté production, ce que nous sommes venu chercher, c’est cette qualité de diffusion atteignable assez simplement. Sur Twitch, vous avez la possibilité de mettre de l’habillage (overlay), de gérer le multicam, sans que ce ne soit si compliqué… C’est même rassurant de pouvoir proposer un contenu qualitatif aussi facilement.

Et en donnant vie à ce projet, qui plus est sur Twitch, nous savions que c’était une occasion unique pour remobiliser l’ensemble des équipes du club (équipe professionnelle masculine, les féminines, le quad rugby, les espoirs, l’école de rugby, l’équipe d’eSport), de retrouver cet esprit familial. 

Après de longs mois à l’arrêt, ou presque, nous avions enfin un projet nouveau et commun à tous. Moralement, ça fait du bien !

Avez-vous eu des difficultés pour utiliser Twitch ? 

TB : Pas forcément dans l’utilisation, mais dans la préparation de l’événement. Nous n’avions pas tous le même niveau de connaissances sur Twitch ni la même approche de la plateforme. 

Je me souviens que nous nous sommes posé des questions comme : 

Comment s’assurer de la qualité de la diffusion alors que la connexion au stade Lesdiguières,) (lieu de tournage du FCG (A)Live, ndlr) est parfois insuffisante ?
Comment collecter des dons sur la plateforme sans être affilié ou partenaire ?

Dans cette partie technique, nous nous sommes notamment fait aidés par Twitch France, ZQSD et Orange Event.

L’autre grande difficulté, c’était de comprendre les utilisateurs de Twitch.

Je n’avais pas de doute sur les attentes des fans, supporters ou sympathisants du FCG, ils seraient au rendez-vous. Par contre, nous ne connaissions pas réellement les utilisateurs « traditionnels » de Twitch, plus intéressés, à priori, par l’eSport que par le sport traditionnel. 

Comment les intéresser à notre évènement ? Allaient-ils apprécier le contenu proposé ? Avions-nous les codes ?

C’était difficile à anticiper, mais nous avions la chance d’avoies l’équipe eSport pour nous rassurer sur ce sujet.

Temps d’échanges, tournois d’eSport, live de matchs de rugby, olympiades, set de DJ, le FCG (A)Live a été l’occasion d’innover dans les concepts d’émission proposés, parfois très éloignés d’un club de rugby professionnel…

TB : Avec cet évènement, nous avions vraiment cette volonté d’être à la croisée des mondes. C’est le reflet de l’ADN du club. Nous voulions créer un évènement qui rassemble tant le viewer de Twitch que le supporter du FCG, le citoyen grenoblois, intéressé aux causes du fonds de dotation ou encore le fan de rugby à l’autre bout de la France.

Et puis en interne, nous voulions tous (joueurs et joueuses, équipe administrative, staff,…) nous rassembler autour d’un même projet. Le FCG (A)Live a permis de symboliser tout cela.

Pour en revenir au choix des émissions, nous avions conscience, que personne ne resterait connecté pendant les 4 jours du FCG (A)Live, la problématique est similaire au Téléthon ou au Z Event.

Nous avons donc créé une grille de programmes alliant des temps de divertissement, mais aussi des temps de dialogues, de débats, lors desquels nous avons parlé de diversité, de sport,…

Côté divertissement, toujours dans cette volonté de rassembler deux mondes, nous avons diffusé en direct le match des espoirs, contre le LOU Rugby.
Là où nous aurions pu confier les commentaires à un spécialiste de rugby, nous avons voulu innover. Les commentaires du match ont été assuré par un joueur et une joueuse du club et par Lutti, un streamer réputé, qui jouait le rôle du novice en rugby, et qui posait des questions de néophytes.

Le trinôme a très bien fonctionné et cela confirme qu’il faut peut être un peu plus d’humilité lorsque l’on souhaite s’adresser aux nouveaux spectateurs.

C’est-à-dire ?

TB : Je crois que le rugby donne toujours l’impression de s’adresser aux aficionados. Or, nous savons qu’il y’a beaucoup de personnes qui viennent seulement une fois au stade et qui ne reviennent plus. Si, nous ne nous adressons pas à ces personnes, si nous ne leur expliquons pas le fonctionnement du sport, si nous ne les impliquons pas davantage, et bien c’est difficile de les faire revenir.

Nous avons eu la confirmation pendant le week-end qu’il fallait aller au delà de l’aspect purement sportif. Nous avons organisé le tournoi eSport avec les membres du FCG eSport et avec la participation des espoirs et de joueurs pro du club. Au départ, nous voulions organiser un tournoi des plus traditionnels et ne pas passer « pour des amateurs » sur Twitch.

Et puis, très rapidement, nous avons été surpris par la bienveillance et l’état d’esprit qui régnait.

Je m’explique : nous avons vu que les séquences qui fonctionnaient le mieux pendant ce tournoi, c’était lorsque les gamers et les rugbymen apprenaient à se connaître et échangeaient sur leur quotidien. Les gamers ne sont pas des geeks sortis de leur grotte et les rugbymen ne sont pas des brutes sans coeur.

Au fur et à mesure des échanges, tous comprenaient qu’ils se ressemblaient bien plus que ce qu’ils ne pensaient au départ.

eSport, Twitch, fonds de dotation : avec ces initiatives, le FCG s’éloigne de la vie d’un club traditionnel, n’est-ce pas ?

TB : Oui, mais c’est normal. Je crois qu’aujourd’hui, dans toutes les cellules de communication des clubs de rugby, l’ambition est aussi et avant tout d’être un média.

Cela ne veut pas dire d’être en concurrence frontale avec d’autres médias traditionnels.

Cela veut simplement dire que c’est insuffisant de ne parler qu’aux supporters assidus.
Il est primordial de s’adresser à de multiples publics, tous membres de notre communauté : les grenoblois, les joueuses de rugby, les jeunes et les moins jeunes,…

L’enjeu c’est donc de réussir à mobiliser de nouveaux publics.

ECM FCG Esports

L’équipe eSport intègre le FCG en 2019.
Le collectif rassemble des passionnés de plusieurs jeux vidéos (Valorant, Tekken, Super Smash Bros…).

Il participe également au développement du club en menant des actions de vulgarisation du eSport auprès des partenaires, entreprises, abonnés et supporters.



Plus d’infos ici

Par exemple, nous savons que pour les millenials, en excluant ceux qui pratiquent le rugby, ce n’est pas naturel d’aller au stade assister à une rencontre. Il faut donc leur parler différemment, les intéresser autrement au club : peut-être à travers nos actions sociales ou alors en faisant un pas vers eux et en allant sur l’un de leurs terrains de jeu favori : Twitch.

Mais cette problématique de se renouveler pour un club de sport professionnel, c’est un sujet commun à tous. Même si au FCG, nous développons une multitude de projets, que beaucoup ne voient pas. Il est donc important de communiquer sur ces projets.

Un mois après l’évènement, quel bilan tirez vous de ce nouveau format ?

TB : Le bilan est très positif, même si tout n’a pas été parfait.

Cet événement, que nous avions envisagé comme un laboratoire, nous a permis de tester plusieurs concepts, de comprendre ce qui marchait et ce qui était plus difficile à reproduire par la suite.

Typiquement, lors de la diffusion du match des espoirs, le dimanche, jusqu’à 4700 spectateurs étaient connectés simultanément. Et 4700, c’est plus ou moins l’affluence d’un match de Pro D2. 

Donc diffuser les matchs à domicile de nos espoirs ou de nos féminines, nous savons que c’est très compliqué en broadcast, mais par contre, c’est certainement possible en streaming, avec nos moyens. Le FCG (A)Live nous a permis de méditer sur ces sujets.

Et puis, avec le recul, se posent de nouvelles questions : est-ce que les conférences de presse ou les interviews d’après match ne pourraient-elles pas être diffusées en direct sur Twitch ? Actuellement, elles sont enregistrées, montées puis diffusées 24 heures après.

D’autant que la diffusion sur Twitch n’empêche pas un redécoupage des vidéos et une rediffusion sur d’autres supports…

Bref, avec cet évènement, nous avons entr’ouvert des possibilités pour le futur du FCG. 

A nous de transformer l’essai pour continuer d’innover sur Twitch et être encore plus pertinent lors de la deuxième édition du FCG (A)Live l’année prochaine.

Un dernier mot sur le Fonds de Dotation du FCG, en quoi consistent ses actions ? 

TB : Le fonds de Dotation du FCG date de 2016 et est la structure qui porte l’ensemble des actions caritatives, sociétales et d’inclusion du club, en lien avec le territoire grenoblois.

Parmi les actions, nous pouvons citer FCG dans ma ville visant à promouvoir l’éducation et l’insertion par le sport. Le fonds permet également de pérenniser les nouvelles pratiques en allouant des moyens financiers supplémentaires pour les sections moins médiatisées du club (rugby féminin, quad rugby,…).

Aujourd’hui le fonds prend de plus en plus d’ampleur, parce que nous avons la volonté qu’il s’intègre toujours plus au territoire isérois, qu’il apporte encore plus d’aide à ceux qui en ont le plus besoin.

Mais plus globalement, le fonds répond à notre vision de ce qu’est un club : un endroit où on se rencontre, où on partage des bons moments, mais aussi des valeurs, dès le plus jeune âge..

Toutes les opérations du fonds de dotation symbolisent cela.

Transmettre des valeurs et partager, se rassembler, appartenir à une communauté, une équipe, un territoire et grandir ensemble en se tournant vers les autres.

Vous pouvez faire un don en vous rendant sur la page Tipeee du club, accessible en cliquant ici

 

Propos recueillis par Samy Bouclet.

Crédits photos : FCG rugby / https://www.facebook.com/FCGrugby 
Étiquettes:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *